Le mirage des serres photovoltaïques

En octobre 2017 la société Tenergie inaugurait une serre photovoltaïque de 3.3 ha à Mallemort. Voir reportage France 3

Comme tous les promoteurs de ce type de projets (Urbasolar, Eco solution énergie, Fonroche-Energies…), Tenergie assure que sa technologie permet d’optimiser l’utilisation du foncier agricole à la fois pour la production d’électricité et pour la production agricole et que son projet s’inscrit ainsi dans une démarche de développement durable.

Pourtant des organismes officiels comme l’ADEME et la  DREAL considèrent au contraire qu’aux vues de leur faible potentiel agronomique et de la consommation de foncier agricole qu’elles représentent, les serres photovoltaïques ne sauraient s’inscrire dans une véritable logique de développement durable.

Selon la plaquette d’information DREAL-PACA de septembre 2017 : « à ce jour, aucune expérimentation n’a pu présenter des résultats agricole probants sur une année de production ou davantage et encore moins reproduite ».  L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie) émet également un avis défavorable sur les serres photovoltaïques, voir  avis de l’ADEME

Les serres photovoltaïques ont effectivement d’excellentes performances en termes de production d’électricité et offrent d’excellents rendements financiers grâce à des tarifs d’achats bonifiés. C’est ce qui incite leurs promoteurs à tout faire pour aménager un maximum de foncier agricole. Le 13 mars 2018 à Montpellier, l’INRA a organisé une conférence « Photovoltaïque et agriculture entre opportunisme et opportunité » pour tenter de faire un point sur ce sujet. Voir sur le site Pleinchamp le compte rendu de cette conférence , dont voici quelques citations :

  • 80 % des serres PV actuelles ne sont pas ou peu productives
  • des agriculteurs ont immobilisé une partie de leur SAU sans pouvoir aujourd’hui en tirer un revenu suffisant
  • Certaines sont des serres « alibi » dont l’objectif premier a été de produire de l’électricité
  • Les observations agronomiques sur une quarantaine d’espèces ont mis en évidence des cycles très longs avec un retard de récolte de trois à quatre semaines et un rendement affecté de 50 à 70 %, selon les cultures

On consultera avec intérêt les résultats de suivi agronomique :de l’APREL (Association Provençale de Recherche et d’Expérimentation Légumière) : pour la plupart des productions classiques (tomates, aubergines, melons…) les rendements observés chez les producteurs sont en moyenne 2 à 4 fois inférieurs à ceux des serres classiques avec des retards de productions de 3 à 4 semaines qui ne permettent pas d’écouler les produit au meilleur prix. Seules quelques cultures (betteraves, mâche) donnent des résultats satisfaisants. Pour certaines espèces (concombre, poivron, asperge…) le rendement observé a été particulièrement faible.

En conclusion la technologie des serres photovoltaïques n’est manifestement pas mature pour ce qui concerne leurs performances agricoles. Conformément aux préconisations de la DREAL il convient de décréter un moratoire et de refuser leur multiplication  en attendant la démonstration (par des organismes officiels comme l’INRA ou l’APREL) d’une amélioration significative de leurs performances agronomiques.

Publié dans Agriculture, Energie
5 commentaires pour “Le mirage des serres photovoltaïques
  1. ROUX Gilles dit :

    Bonjour,
    Il y a sans doute un moyen pour « sauver » les serres PV – Mais ne le dites pas à l’élu propriétaire … – Comme vous l’avez bien souligné, il est impossible de cultiver dessous, faute de lumière. La proportion de panneaux (qui font de l’ombre), sur la surface au sol, est trop importante. Dans le cas de Mallemort, à peine un quart de la lumière solaire parvient au sol, c’est très insuffisant pour la photosynthèse.

    Qu’à cela ne tienne : les panneaux PV fournissent une électricité abondante et pas chère. Il suffit d’en prélever une partie à la source, pour alimenter un éclairage LED – lumière du jour très puissant, qui rétablira le niveau d’ensoleillement; et même plus. Et la production maraîchère redevient possible. En « Agriculture urbaine », on fait bien de la production de légumes dans des containers, et même dans des parkings ou d’anciennes stations de Métro, qui ne reçoivent aucune lumière solaire. ça marche.

    Certes, on vendra moins d’électricité à EDF, et on profitera moins du « prix de rachat » subventionné. C’est juste un choix. On ne peut pas toujours gagner 2 fois.

    Gilles, ingénieur Agro.

    • admin dit :

      Bonjour
      On peut effectivement imaginer éclairer les serres avec l’électricité produite par les panneaux solaires.
      Mais le rendement énergétique global sera faible : les panneaux ont un rendement qui ne dépasse pas 20% et les LED un rendement de l’ordre de 30%. Au final la lumière produite par les LED ne représenterait que 6% de la lumière solaire reçue.
      Autant cultiver les salades directement à l’air libre et mettre les panneaux solaires sur le toit du hangar du tracteur.

      Thierry

    • jerome baron dit :

      Bonjour je vous invite à venir visiter mes serres et vous verez que l’on peut produire sous du photovoltaïque. Je possède 2,5 ha des serres qui produisent fruits et légumes, vous êtes cordialement invités.

  2. Philippe PROT dit :

    y a t’il des panneaux PV sur des vergers? L’idéal serait qu’ils protègent sur 2.5 m de large les rangs d’arbres de la grèle, des pluies donc de la tavelure et autre maladies et aussi des carpocapses si l’interrang et les cotés du verger ont des filets anti insecte et la lumière d’entrer au dessus de l’inter-rang (sur 2.50m)? soit 50% de PV à l’ha= rentable?

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